La Culture Générale de notre Temps ?

Notre manifeste

Hors du cadre universitaire des concours où serait maintenue une épreuve de Culture générale (Ces concours sont de moins en moins nombreux) et de celui des jeux télévisés toujours friands de ces questions improbables et excentriques destinées à tester la curiosité des téléspectateurs, entre Charybde et Scylla, où trouver de nos jours cette Culture générale dont on dit régulièrement qu’elle manque aux uns et
autres, toutes générations confondues ?
Je me pose encore la question et la réponse que j’imagine me renvoie toujours à l’idée que chacun se fait d’un fonds commun de connaissances. Mais qui définit ce « fonds » ? À partir de quel niveau de précision ce qui était « général » devient-il « particulier » ? « Spécialisé » ? En fin de compte les contours de cette culture commune ne dépendent-ils pas entièrement de la représentation que s’en font ceux qui mobilisent l’idée même de Culture Générale. Chacun s’en fait l’objet singulier qu’il souhaite pour se distinguer.

Mais désormais alors que tous les savoirs sont immédiatement disponibles, grâce à internet, cette idée même de culture générale mérite sans doute d’être sollicitée de manière inédite. Plus que jamais, l’aspect quantitatif et l’aspect normatif de la Culture doivent être, à mon sens, contestés. Ce que l’on attend, c’est bien de mettre en relation, « en réseaux » des savoirs ; ce qui est utile à présent, c’est de tisser des liens : Les linguistes l’ont montré depuis longtemps, c’est la relation qui est créatrice de signification. Un signe, c’est une relation. C’est de cela dont, à mon avis, il faut que l’on se souvienne quand on cherche à définir la « Culture Générale », la relation entre le présent et le passé, l’actualité et l’histoire, la nouveauté et la tradition.
Perdurent donc dans nos sociétés développées aujourd’hui deux moyens de communication de masse, l’école et les médias qui se développent au rythme des nouvelles technologie. C’est ainsi que se diffusent une culture scolaire commune aux jeunes d’une même classe d’âge et une culture ludique, plus marginale, populaire, accessible et consommable par le grand public. Cette dernière dépasse largement le cadre de la communauté nationale, elle déborde la culture scolaire : elle est mondialisée, c’est elle est que je désignerai par l’expression « pop
culture ».

Il s’agit donc d’une culture que véhiculent et propagent la télévision, le cinéma, la Bande Dessinée, internet, les jeux vidéo, les plateformes de streaming. Elle est populaire, médiatique, changeante, elle révèle, exprime et pose les questions auxquelles nos sociétés sont confrontées.
C’est le miroir de l’époque qui reflète les interrogations identitaires, les rêves et les cauchemars de nos contemporains. Elle évolue dans la chaleur incandescente de la nouvelle technologie, comme le dira le prime minister britannique, Harold Wilson, le premier à y voir un soft power dès 1965. La « pop culture » se distingue alors de la « culture populaire », au point que certains aiment à imaginer que le verbe « to pop-up », « surgir », « pétiller », est la véritable origine de l’emploi du mot « pop » (il ne s’agit pourtant que de la simple abréviation de l’adjectif
« populaire », explication beaucoup moins excitante). En effet la « pop culture » assume au contraire de la » culture populaire » une véritable inauthenticité, un caractère parasitaire et résolument éphémère en
même temps qu’une diffusion planétaire.

La « pop culture » ne se constitue pas davantage en « contre-culture », en ce qu’elle ne partage rien avec les avant-gardes et qu’elle n’hésite pas à recycler indéfiniment les poncifs de l’actualité dans de vastes collages post-modernes. De fait, la « pop culture » est à mes yeux la Culture Générale de notre Temps en ce qu’elle obéit aux injonctions de la post-modernité dans le cadre de laquelle nos sociétés contemporaines évoluent : ludique, humoristique, impertinente, hybride, éclectique et syncrétique à la fois, la « pop culture » appelle à travers les évocations du présent de nombreuses références aux cultures traditionnelles, à la culture « classique », « académique ». Elle revisite ainsi des mythes et des schémas narratifs multiséculaires avec une feinte naïveté qui laisse ouvertes deux lectures, celle de l’instant totalement détaché et celle de l’érudition. La « pop culture » telle qu’elle se construit depuis les années soixante du siècle précédent m’est ainsi apparue propice à faire découvrir à de nouveaux lecteurs les fondamentaux de la Culture Générale, hors de toute nécessité scolaire et toute « obligation de résultats ». La dissertation de Culture Générale tend à disparaître des épreuves d’admissibilité des Concours mais il n’est pas interdit de découvrir tout de même Machiavel et les principes de la politique moderne à présent grâce à One Piece ou Game of Thrones !


Extrait de la préface de Vive la pop Culture (générale) ! À paraître en novembre 2026 aux Editions Descartes et Compagnie.

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